Bloquer les pubs des jeux Android sans root

Une bannière en bas de l’écran, une page pleine après chaque partie, une vidéo à regarder pour récupérer une vie. Une partie de tout cela s’arrête sur le téléphone, sans le rooter et sans passer par une boutique. Une autre non — et il y en a une que vous ne voulez sans doute pas voir disparaître. Voici où passe la ligne, avec ce que nous avons mesuré le 14 septembre 2026.

D’où viennent les pubs d’un jeu

Un jeu mobile ne dessine presque jamais sa publicité lui-même. Il embarque le kit d’une régie — AdMob, Unity Ads, AppLovin, ironSource et une douzaine d’autres — et ce kit appelle les serveurs de la régie pour aller chercher quelque chose à afficher.

Cet appel est le point faible. Avant qu’il ait lieu, le téléphone doit demander un nom : l’adresse du serveur de la régie. Si la réponse est « nulle part », le kit n’a rien à montrer, et le jeu continue sans.

Tout le mécanisme tient là, et il explique à la fois ce qui marche et ce qui ne marche pas. Ce qui arrive d’un serveur dont le nom ne sert qu’à la publicité peut être refusé. Le reste demeure.

Ce qu’un filtre par nom arrête

Deux formats s’en vont sans bruit :

  • La bannière accrochée en bas de l’écran, renouvelée toutes les trente secondes environ.
  • L’interstitiel, la page pleine entre deux niveaux, avec sa petite croix de fermeture.

Les deux sont cherchés au moment où ils s’affichent, sur les serveurs de la régie. Refusez le nom, rien n’arrive. Le jeu se comporte en général comme s’il n’y avait rien eu à montrer.

Le 14 septembre 2026, nous avons essayé 52 régies publicitaires mobiles contre les listes par défaut de AdHole sur Android, les trois mêmes que sur ordinateur. Quarante-neuf ont été écartées : Google AdMob, Unity Ads, AppLovin, ironSource, Vungle, Chartboost, AdColony, InMobi, Mintegral, Pangle, Tapjoy, Fyber, Amazon Ads, Yandex Ads, Start.io, PubMatic, Apple Search Ads et d’autres.

Ces listes changent tous les jours : c’est l’état d’un jour, pas un engagement. C’est aussi le plafond : aucune liste n’arrête toutes les pubs, et un jeu peut basculer vers une régie qui n’y figure pas encore.

La vidéo récompensée, et la récompense avec elle

Reste le troisième format, et c’est le plus intéressant : la vidéo que vous choisissez de regarder contre une vie, un indice, une poignée de pièces.

Techniquement, c’est la même demande à la même régie. Un filtre la bloque comme le reste. Mais le jeu ne gagne quelque chose que si la vidéo passe vraiment : un jeu qui n’a rien diffusé ne verse rien. Certains titres affichent « aucune publicité disponible » et vous laissent où vous en étiez.

Le résumé honnête est donc celui-ci : un filtre par nom ne retire pas la pub récompensée, il retire l’échange. Si ces récompenses font partie de votre façon de jouer, coupez le filtrage la minute qu’il faut, puis remettez-le. Un outil qui promet la récompense sans la vidéo parle d’autre chose.

Les trois qui sont passées

Sur les 52 essayées, trois ont répondu normalement, et chacune pour une raison qui mérite d’être connue :

  • Facebook Audience Network est servi par graph.facebook.com — le même hôte que la connexion à Facebook. Refuser ce nom vous empêcherait d’ouvrir votre compte : les listes le laissent donc tranquille. Bel exemple d’un nom qu’on ne peut pas bloquer sans casser quelque chose dont vous vous servez.
  • Adjust et AppsFlyer sont des outils de mesure : ils comptent quelle annonce a mené à quelle installation. Ils n’affichent rien à l’écran. Les bloquer ne retire aucune publicité et casse des liens censés ouvrir une application.

C’est la forme du compromis, partout dans ce domaine. Un filtre qui refuse un nom le refuse pour tous les usages que ce nom porte.

Le DNS privé, ce réglage déjà dans votre téléphone

Avant d’installer quoi que ce soit, sachez qu’Android a un crochet de filtrage intégré depuis Android 9 : le DNS privé, dans Paramètres → Réseau et Internet, où l’on tape le nom d’hôte d’un résolveur chiffré (la page de configuration de Cloudflare décrit les étapes et le champ). Pointez-le vers un résolveur qui filtre, et les mêmes bannières et interstitiels s’arrêtent, sans rien installer.

Ce que vous y perdez : la liste du résolveur est celle du résolveur. Impossible d’en désactiver une, d’ajouter une règle pour un jeu précis, ou de voir ce qui a été refusé et ce qui est passé. Et le chiffrement va de votre téléphone à ce fournisseur, qui voit tous les noms que vous demandez.

Une application qui filtre sur l’appareil garde les listes et les règles sur votre téléphone, et vous montre ce qu’elle a écarté. Elle coûte une installation, et une installation hors boutique. Les deux voies se défendent ; les limites décrites plus haut valent pour l’une comme pour l’autre, puisque toutes deux travaillent sur des noms.

Pourquoi ce genre d’application n’est pas sur Google Play

Ce n’est pas une question de goût. La règle « Device and Network Abuse » de Google Play cite, parmi ses exemples de violations, « Apps that block or interfere with another app displaying ads » — les applications qui bloquent ou gênent l’affichage de publicité d’une autre application (aide de la Play Console).

La conséquence est concrète : une application de filtrage de ce type se télécharge sur le site de son éditeur, vous autorisez une fois votre navigateur à l’installer, et Android affiche les avertissements qu’il affiche pour tout ce qui ne vient pas d’une boutique. Ce qui vous dit que le fichier est le bon, c’est son empreinte SHA-256 publiée, comparée avant de l’ouvrir. Installer sur Android, pas à pas parcourt chaque écran.

Ce que rien de tout cela n’atteint

  • Les pubs de l’application YouTube. Elles viennent des mêmes serveurs que les vidéos : il n’y a aucun serveur de pub à refuser. La même raison vaut sur une télé et sur un ordinateur, hors du navigateur.
  • Les vidéos dont la publicité est fabriquée dans le flux. Le rattrapage des chaînes et les services de vidéo avec publicité assemblent un flux unique sur leurs serveurs, pub comprise. Rien, sur l’appareil, ne les sépare.
  • L’espace vide. Un filtre empêche la pub de se charger ; il ne redessine pas l’écran du jeu. Un rectangle vide peut rester à la place de la bannière.
  • Ce qui est à l’intérieur de l’application. Filtrer par nom ne regarde pas dans une appli et ne masque rien de ce qu’elle dessine elle-même. Ce qu’un filtre atteint, c’est le réseau, et seulement le réseau.
  • La toute dernière pub. Certaines passeront. Un jeu peut changer de régie, une liste peut avoir un jour de retard, et un titre peut embarquer ses propres promotions, sans serveur à refuser.

Sources vérifiées le 14 septembre 2026 et liées dans le texte. Le chiffre de 49 sur 52 est notre propre mesure, faite ce jour-là avec les listes par défaut.