Bloquer les pubs sur tout le réseau sans Raspberry Pi

La plupart des tutoriels pour bloquer les pubs de la télé et de la console commencent par un Raspberry Pi. Un ordinateur que vous avez déjà peut faire le même travail. Voici comment, ce que cela coûte vraiment, et quand un Pi reste le meilleur choix.

Un bloqueur de pub « réseau » est moins mystérieux que son nom. C’est un petit service qui doit tourner quelque part sur votre réseau, en permanence. Le Raspberry Pi est un endroit populaire pour l’installer, pas le seul.

Ce que fait un bloqueur de pub réseau

Avant de joindre un serveur, tout appareil cherche son adresse à partir de son nom. Cette recherche, c’est le DNS, que Cloudflare décrit comme « l’annuaire d’internet ». Un bloqueur de pub réseau est un serveur DNS installé chez vous, qui répond « nulle part » quand le nom appartient à un domaine de publicité ou de pistage.

Tout appareil qui l’utilise comme serveur DNS perd ces pubs, dans toutes ses applications, sans rien installer dessus : la télé, la console, le téléphone en Wi-Fi. La méthode a deux limites. Elle ne retire que les pubs qui viennent de leurs propres domaines, ce qui exclut celles de YouTube (voici pourquoi). Et elle ne protège que les appareils qui s’adressent réellement à elle.

Pourquoi tous les tutoriels commencent par un Raspberry Pi

Le plus connu des bloqueurs réseau, Pi-hole, tourne sous Linux. Sa liste de systèmes pris en charge cite Alpine, Armbian, Debian, CentOS Stream, Fedora, Raspberry Pi OS et Ubuntu, et pas Windows. La même page précise, en anglais, que malgré son nom, Pi-hole ne se limite pas au Raspberry Pi.

Le Pi s’est imposé parce qu’un serveur DNS doit rester allumé, et qu’un Pi consomme très peu. La documentation officielle donne une consommation typique de 600 mA pour un Raspberry Pi 4 et de 800 mA pour un Raspberry Pi 5, sous 5,1 V : environ 3 et 4 watts, selon notre calcul. La contrepartie : un appareil de plus à installer, à mettre à jour et à surveiller.

Un PC peut faire le même travail

Si votre ordinateur est allumé chaque fois que la télé l’est, il peut jouer ce rôle de serveur DNS. Plusieurs logiciels le font sous Windows.

Vérifié le 14 septembre 2026 Pi-hole AdGuard Home Technitium DNS Server AdHole
Fonctionne sous Windows Absent de sa liste officielle Oui Oui Oui (64 bits)
Fonctionne sous Linux et sur Raspberry Pi Oui Oui Oui Oui (systemd ; Raspberry Pi 4 et 5)
Code source Libre (EUPL 1.2) Libre (GPL-3.0) Libre (GPLv3) Non publié : logiciel propriétaire gratuit
Filtre aussi l’intérieur des pages web de l’ordinateur où il tourne Non Non Non Oui

Sources : Pi-hole, plateformes d’AdGuard Home, Technitium.

  • AdGuard Home publie des versions pour Windows. Son guide de démarrage le fait lancer depuis une invite de commande administrateur, puis l’inscrire comme service Windows ; tout le reste se règle dans sa page web.
  • Technitium DNS Server est un serveur DNS complet, qui bloque aussi les pubs et fonctionne sous Windows.
  • Pi-hole peut tourner sous Windows grâce à des projets communautaires, hors de son cadre officiel.
  • AdHole, notre logiciel, s’installe avec un installateur Windows classique. Il pose deux filtres : un filtre DNS pour cet ordinateur et pour les appareils que vous réglez sur lui, et un filtre HTTPS pour les navigateurs de l’ordinateur lui-même, qui y retire aussi les pubs YouTube et refuse les bandeaux de cookies. Il s’appuie sur des listes de filtrage publiques (AdGuard, HaGeZi), rafraîchies une fois par jour. Il est gratuit, sans compte. Contrairement aux trois autres, ce n’est pas un logiciel libre, et son installateur n’est pas signé : Windows vous avertit avant de le lancer.

Quel que soit votre choix, le réglage du reste de la maison est le même.

Régler chaque appareil sur votre PC

1. Donnez au PC une adresse qui ne change pas. Dans l’interface de votre box, réservez-lui son adresse actuelle (le réglage s’appelle souvent « bail statique » ou « attribution d’adresse IP statique »). Le PC recevra alors toujours la même adresse, comme l’explique TP-Link. Sans cela, l’adresse peut changer un jour, et tous les appareils réglés sur elle perdent leur DNS.

2. Sous Windows, classez le réseau en « privé ». Un nouveau réseau démarre en « public », où le PC est invisible pour les autres appareils. La page de Microsoft sur les paramètres réseau donne le chemin : Paramètres, Réseau et Internet, Wi-Fi ou Ethernet, votre réseau, puis « Type de profil réseau » : réseau privé. AdHole en a besoin pour que la télé ou la console puissent le joindre.

3. Sur chaque appareil, réglez le DNS à la main. Dans les paramètres réseau de la télé, de la console ou du téléphone, passez le DNS d’automatique à manuel et saisissez l’adresse du PC. Le tableau de bord d’AdHole l’affiche, sous « adresse de ce PC ». Comptez deux minutes par appareil, une fois pour toutes. Si l’appareil utilise aussi l’IPv6, passez également son DNS IPv6 en manuel, ou désactivez l’IPv6 sur cet appareil : sinon, il continue d’interroger la box. Le guide appareil par appareil donne les menus.

Pourquoi ne pas simplement changer un réglage dans la box ? Parce que beaucoup de box ne laissent pas remplacer le DNS qu’elles distribuent, ou ajoutent le vôtre derrière le leur, que les appareils interrogent en premier. Nous l’avons mesuré sur une Bbox : le détail est ici.

AdHole ne répond qu’aux appareils de votre réseau local : il ne devient jamais un résolveur ouvert sur internet. Il ne règle pas non plus vos appareils à votre place : chacun se règle à la main, une fois.

La contrepartie : le PC doit rester allumé

C’est le vrai coût de la méthode, et il faut le dire franchement : les appareils réglés sur votre PC perdent internet quand il est éteint ou en veille. La télé affiche une erreur de connexion jusqu’au réveil du PC, ou jusqu’à ce que vous remettiez son DNS en automatique.

Vérifiez donc la mise en veille du PC (la page de Microsoft sur les paramètres d’alimentation), et demandez-vous s’il est allumé chaque fois que quelqu’un regarde la télé. Il y a aussi la consommation. Une étude du NRDC de 2016 évaluait un ordinateur de bureau classique à 22,4 watts allumé sans servir, contre les 3 à 4 watts calculés plus haut pour un Pi. Un PC de jeu doté d’une grosse carte graphique consomme davantage.

Avec AdHole, quelques autres interruptions sont bonnes à connaître :

  • En cas de plantage, il redémarre tout seul. L’ordinateur sur lequel il tourne se rabat entre-temps sur la box, mais les appareils réglés sur lui n’ont plus de DNS jusqu’à son retour.
  • Les mises à jour s’installent la nuit, entre 3 h et 5 h ; si le PC est éteint à ces heures-là, une mise à jour qui attend depuis plus de sept jours s’installe au premier moment possible. Le filtrage s’interrompt le temps de l’installation (les conditions d’utilisation prévoient une trentaine de secondes), et les appareils réglés sur le PC n’ont plus de DNS pendant ce temps.

Quand un Raspberry Pi reste le meilleur choix

  • Le PC se met en veille, ou c’est un portable qui quitte la maison. Tout ce qui est réglé sur lui s’éteint avec lui. Un Pi toujours allumé fait mieux.
  • Vous éteignez le PC le soir et la télé sert le matin. Même réponse.
  • Vous ne voulez rien faire dépendre de votre ordinateur principal. Un Pi posé sur une étagère ne dérange personne.

Un Pi n’exclut pas AdHole : il tourne sous Linux avec systemd, et l’une de ses archives est prévue pour les Raspberry Pi 4 et 5. Sur un Pi sans bureau, c’est le filtre DNS qui compte, et sudo ./adhole setup -no-proxy n’installe que lui. Pi-hole et AdGuard Home restent d’excellents choix sur un Pi, et ce sont des logiciels libres.

En bref

  • Si votre PC est allumé chaque fois que la télé et la console servent, il peut filtrer les pubs de toute la maison, sans matériel supplémentaire.
  • Sinon, un Raspberry Pi consomme quelques watts et reste allumé.
  • Dans les deux cas, réglez le DNS sur chaque appareil plutôt que de compter sur la box, et n’attendez pas des pubs YouTube qu’elles disparaissent de la télé.

Sources vérifiées le 14 septembre 2026, liées dans le texte.