Vous avez installé Pi-hole, les pubs ont disparu des sites d’actualité et des applis… et YouTube continue de lancer ses pubs avant la vidéo, sur l’ordinateur comme sur la télé. Vous n’avez pas oublié de réglage : aucun filtre DNS n’y arrive, et ceux qui les développent le disent eux-mêmes.
Ce que voit un filtre DNS
Avant de joindre un serveur, un appareil demande son adresse à partir de son nom : « où se trouve pub.exemple.com ? ». La question part vers un serveur DNS. Un filtre DNS est un serveur DNS qui répond « nulle part » quand le nom figure sur une liste de domaines de publicité ou de pistage : la connexion n’a jamais lieu. Pi-hole se présente d’ailleurs comme un « DNS sinkhole », un puits où les noms de domaine indésirables disparaissent.
Il ne voit que cela : un nom. Ni la page, ni la vidéo, ni ce qui circule dans la connexion, de toute façon chiffrée.
Les pubs YouTube viennent des serveurs vidéo
YouTube envoie ses publicités depuis les mêmes serveurs que ses vidéos. Il n’existe pas de domaine « pub » à refuser. Un modérateur du forum de Pi-hole le résume en une ligne (en anglais) : Pi-hole ne peut pas bloquer de façon fiable les pubs YouTube, puisqu’elles sont servies par les mêmes domaines que le contenu. Un autre message du même fil pose l’alternative : bloquer le domaine entier ou l’autoriser, « il n’y a pas de troisième option ». La FAQ d’AdGuard Home dit la même chose de toute pub qui partage son domaine avec le contenu.
Bloquez les serveurs vidéo, et c’est YouTube tout entier qui tombe. Laissez-les passer, et les pubs passent avec. Les listes « spéciales YouTube » qui circulent sur les forums n’y changent rien : au mieux elles cassent quelques vidéos, au pire toutes.
Le filtre DNS d’AdHole n’échappe pas à la règle. Il coupe les domaines de publicité et de pistage pour chaque appareil qui l’utilise, et laisse passer les pubs YouTube, pour exactement cette raison.
Là où les pubs se décident vraiment
Le lecteur YouTube ne choisit pas ses pubs. À l’ouverture d’une vidéo, il demande aux serveurs de YouTube quoi jouer, et reçoit une réponse structurée (du JSON) qui liste les flux vidéo et, à part, les publicités, dans des champs nommés adPlacements, playerAds ou adSlots. Le lecteur obéit à cette liste.
Retirez ces champs avant qu’il ne les lise, et il en conclut qu’il n’y a pas de pub. C’est ce que font les bloqueurs installés dans le navigateur : la liste de filtres publique d’uBlock Origin contient des règles qui renomment ou suppriment précisément ces champs dans les réponses de YouTube.
Toute la difficulté est de se placer au bon endroit : dans l’application, ou là où l’on peut lire le trafic déchiffré. Un serveur DNS n’est ni dans l’une ni dans l’autre. D’où une réponse différente pour chaque appareil.
Sur un ordinateur : le navigateur
Sur un ordinateur, le navigateur vous appartient. C’est le cas facile, et il y a deux façons de faire.
- Un bloqueur dans le navigateur. Une extension comme uBlock Origin corrige les instructions du lecteur depuis la page. Il faut l’installer dans chaque navigateur, et le résultat dépend du navigateur comme de l’extension.
- Un filtre devant tous les navigateurs. C’est ce que fait AdHole sur l’ordinateur où il est installé. En plus de son filtre DNS, il fait tourner un filtre HTTPS local : il réécrit la demande du lecteur pour que YouTube renvoie une réponse sans publicité, et retire les pubs des listes de vidéos, et laisse passer le reste intact. Sous Windows, il couvre directement Chrome, Edge, Brave et Firefox (depuis sa version 120). Il s’appuie sur un certificat fabriqué sur votre ordinateur, dont la clé privée ne quitte jamais la machine.
YouTube se défend. Il affiche aux utilisateurs de bloqueurs un bandeau selon lequel les bloqueurs de pub enfreignent ses conditions d’utilisation, et en 2025 des utilisateurs ont signalé des délais volontaires avant le lancement des vidéos. Quand YouTube ne peut pas jouer de pub, il peut en effet faire patienter le lecteur. AdHole évite aussi, en général, cet écran d’attente, sans pouvoir le garantir à chaque fois.
Deux choses à savoir avant de choisir. La page d’aide de YouTube indique que bloquer ses pubs enfreint ses conditions d’utilisation, et qu’il peut bloquer la lecture de ceux qui continuent ; les seules options sans pub qu’il propose sont ses propres formules, qui se paient. Et aucun bloqueur n’arrête toutes les pubs : certaines passeront, et un site peut parfois s’afficher de travers.
Sous Windows, le filtrage des pages et de YouTube par AdHole s’applique au compte Windows avec lequel il a été installé. Son filtre DNS, lui, vaut pour tout l’ordinateur.
Sur la télé : ce qui existe, et ce qui n’existe pas
Sur un téléviseur, pas d’extension à installer, ni de filtre à placer devant l’application YouTube. Il reste deux pistes.
- Le filtre DNS, utile contre les autres pubs. Réglée sur un filtre DNS, une télé perd les publicités qui viennent de serveurs publicitaires, une partie des promotions de l’écran d’accueil et une partie du pistage. L’application YouTube, elle, garde ses pubs.
- Des applications YouTube de remplacement. Des bénévoles ont reconstruit ou modifié des applications YouTube qui retirent la liste des pubs de la même façon : SmartTube pour les téléviseurs et boîtiers Android TV et Google TV, TizenTube pour les téléviseurs Samsung sous Tizen 3 ou plus récent (modèles 2017 et suivants), youtube-webos pour les téléviseurs LG, via la Homebrew Channel ou le mode développeur de LG. Elles s’installent hors du magasin d’applications de la télé, certaines demandent le mode développeur, et ce ne sont pas des applications de YouTube : en 2024, YouTube a annoncé durcir ses mesures contre les applications tierces qui bloquent les pubs. La page de SmartTube prévient aussi que quelques versions ont pu être touchées, après l’infection de l’environnement de développement de son auteur par un logiciel malveillant. Si vous prenez cette voie, lisez d’abord la page du projet.
Le cas des téléviseurs Samsung et LG, réglages et DNS compris, est détaillé dans notre article sur les TV.
Sur la console : rien, à notre connaissance
La PlayStation et la Xbox n’acceptent ni extension ni application de remplacement, et leur application YouTube ne se nettoie pas depuis le réseau, pour les raisons vues plus haut. Nous ne connaissons aucun moyen d’y retirer les pubs YouTube. Un filtre DNS y coupe toujours les autres domaines de publicité et de pistage, et c’est tout.
Ce qui commence à tout changer
Tout ce qui précède repose sur un fait : les pubs arrivent sous forme d’une liste à part, que le lecteur lit. Depuis 2024, YouTube essaie l’insertion côté serveur, où la publicité est collée dans le flux vidéo lui-même (BleepingComputer l’a rapporté la même semaine). AdGuard parlait alors d’un test « limité pour l’instant » ; en août 2026, il écrit que YouTube y recourt désormais « fréquemment ». Sur ces vidéos-là, il n’y a plus de liste à retirer : la pub fait partie du flux. uBlock Origin la fait sauter automatiquement une fois lancée, d’après un membre de son équipe ; AdHole ne sait pas sauter une pub déjà lancée. Si la technique devient la règle, les méthodes décrites ici, extensions, applications de télé et AdHole compris, pourraient ne plus suffire.
En résumé
| Appareil | Filtre DNS (Pi-hole, AdGuard Home…) | Ce qui peut retirer les pubs YouTube |
|---|---|---|
| Ordinateur, dans un navigateur | Non | Un bloqueur dans le navigateur, ou un filtre HTTPS local comme AdHole |
| Android TV, Google TV | Non | Une application de remplacement comme SmartTube, hors magasin |
| TV Samsung (Tizen 3 ou plus récent) | Non | Une application modifiée comme TizenTube, en mode développeur |
| TV LG (webOS) | Non | youtube-webos, via la Homebrew Channel ou le mode développeur |
| PS5, Xbox | Non | Rien, à notre connaissance |
Un filtre DNS reste utile : il coupe les domaines de publicité et de pistage pour chaque appareil qui l’utilise. N’en attendez simplement rien sur YouTube. Pour en installer un sans Raspberry Pi, voici comment faire avec le PC que vous avez déjà. Et si le vôtre semble ne rien bloquer du tout, votre box le contourne peut-être.
Sources vérifiées le 5 octobre 2026, liées dans le texte. Les citations traduites de l’anglais le sont par nos soins.